Archives mensuelles : mai 2017

Garde-moi près de toi – Gheorghe Azap

Garde-moi près de toi, lorsque je piquerai ma crise
De me barrer très loin sans appareillage de bord –
Cache-bien mon pyjamas, ma cravate ou valise,
Et que tes chaudes larmes cachettent un accord.

Enflamme mes godasses, routarde armature
La poigne sur la canne et les pensées en deuil
Et de la souche blanche de ta douce créature
Fais-moi des pièges tendres, pour mourir sur ton seuil.

Arrache mes plumes des ailes, lorsque en ta présence
Je régénère humant toute l’arôme de ton cœur –
Chuchote-moi des chrétiennes où coptes indulgences
Enchaîne-moi aux chaises avec ta petite langueur.

Et que tu me secoures, lorsque les aubes m’appellent
Embrasse-moi pépère, farouchement, effréné
Prépare-moi une polenta, du lait dans une coupelle,
Garde-moi près de toi – garde-moi, s’il te plaît.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/22/opreste-ma-la-tine-gheorghe-azap

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Une fois, on s’aimera – Gheorghe Azap

Une fois, on s’aimera, dans une églogue louche,
Le soir quand les sauterelles goberont l’archevêché;
Une calopsitte de miel habitera ta bouche
Et mon soupir, par ceste, tu sauras imiter.

A ce moment funeste, mes illusions vont cailler,
Le ronron de la foi éclairant ton sourire ;
Le romantisme viendra, des pots et des pichets,
Tu comprendras, froussarde, je te protège du pire.

Des fraises te chanteront tricuspide mélopée,
Pareille au printemps des foules de marmots ;
Rachetant les années où tu fus éloignée,
T’arracheras de moi les tornades, aussitôt.

Délestés de la pique des bigarrées promesses,
Par notre rapprochement un mur on va monter.
Dedans la plus tranquille et fidèle forteresse,
Avec toi, l’adorée, je rêve de m’enfermer.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/22/ne-vom-iubi-odata-gheorghe-azap

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Femmes de la terre – George Alboiu

Dans la nuit partaient les hommes
chez les femmes de la terre enterrées aux champs
juste les seins dehors
les tétons dans la rosée trouble.
Se penchaient et creusaient les champs
le sang des paumes devenu impatient couteau.
Chacun voulait sortir de la glèbe une femme
vivante, couverte de terre saine
et la porter à la maison.
Les fronts murmuraient un chapelet de silence
et frissonnaient cognés d’un baiser
tel une feuille qui s’est étouffée d’un galet.
Puis ils bondissaient éreintés –
dieux noirs dans une conjuration de la nuit –
et partaient portant sur l’épaule courbée
chacun une femme de la terre
qui en route rendait son âme.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain =
https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/19/femeile-pamantului-george-alboiu

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Trois Nocturnes – Constantin Călin

Nocturne no. 1

Mais, je ré-évoquerai, près de n’importe quel pouvoir resta
éternellement triomphante, à noyau, la pêche,
comme la fenêtre sublimement se ferme et reste une cicatrice,
comme l’été et l’été et l’été tâtonne de naître,
comme, moi même, ébahi de douleur, j’accepte
ce navré méridien sous mes semelles,
comme la nuit l’on suppose.
Je déchois.

Nocturne no. 2

Pharmaciens, enfants, visiteurs de musées,
oiseaux et exercices, n’importe quand
le monde se recomposerait de cinq
éléments primordiaux,
même selon le caprice du soûlard écervelé,
eh bien, conformément à ces veines, par lesquelles
la solitude circule;

oh, il fait soir à l’endroit où je vais,
je suis soupçonné, suis attendu d’un oiseau
célèbre, qui renaît.
(Par hasard.)

Nocturne no. 3

C’est quoi cela bienveillance
de l’espace d’où l’on a diminué un arbre,
où restent, où halètent des tours
pour l’œil, pour la joue, pour l’os…
Le soleil vient des mers sur la muraille
devant la fenêtre, naît
par des jaunes,
de sa devanture moi seul je pars
en monuments, en immortelles bûches
mon âge s’arrête,
moi seul, amoureux de sable, dans un vaste crématoire,
sans douleur je serai, parce que
c’est quoi cela bienveillance, au fait
c’est quoi celui
soleil ?

juin – octobre 1967
*
Traduit du roumain par Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/13/trei-nocturne-constantin-calin

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La roue – George Alboiu

Quatre roues quatre trotteurs deux du ciel deux de l’enfer,
mais le bonhomme les menant, il oubliait depuis quand.

Sa chaussée
suit la Voie Lactée.

Deux roues rien que deux routards un aveugle l’autre serré
dans la griffe du busard le vieux busard ailé.

Herbes gloutonnes en automnes rien qu’une roue et un poilu en haut un busard qui beugle portant l’ombre du cheval aveugle.

Rien qu’une roue et un seulâbre dans la plaine sans un arbre.
Rien qu’une roue et une ruine dans la plaine sans colline.

Rien qu’une roue
rien qu’une allée
dans la plaine
sans vallée.
L’homme porte
sur ses épaules
sa roue comme c’était l’obole
du Seigneur
le grand porteur.
Il y croit en
cette vallée
celle roue
va le porter
aux confins
de son fin.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/10/roata-george-alboiu

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Malédiction – Emil Brumaru

Sous les barreaux que le matin t’emmure
Jusqu’au coucher, ô douce tourmentée.
Le soir, en mijotant ta confiture,
Qu’un potiron te donne la fessée.
.
Dessus mets-en que des couettes pleines
De toison d’or; les anges qui décollent,
Disperseront que des odeurs sereines
De crêpes qui remontent et consolent.
.
Agneaux tristes et seuls, des lieds suaves
Te bercent le réveil. Les séraphins
Qu’ils te calfeutrent vite en hardes graves,
Pour que tu ne puisses regarder tes seins!
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/08/blestem-emil-brumaru

 

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Villon – Vasile Voiculescu

Fameux errant, poète qui vides les coches,
Qui as fourré le sacerdoce aux gaines,
D’une main tu fouilles des braves gens les poches,
D’une autre, à la Vierge, le culte tu tiennes.

Comme un vieux loup, autour des bergeries,
Tu tournes près des boutiques aux jambons,
En les humant très appliqué, et puis
T’enfonces en elles tes forts doigts gloutons.

Mec des faubourgs qui sa proie traîne en rade,
Fêtard usé aux rêve étincelant,
T’aiguises comme un vaurien, aciers, ballades,
Dans nos poitrines, après, les enfonçant.

Disciple cher des bagnes, bonne nature,
Aminche des anges perdus, récalcitrants,
Tu traînes dans les recoins de la luxure,
Pleurer les filles et les neiges d’antan.

Au cou des aubes, tu t’en vas danser,
Au son des chœurs, des musiques bordéliques…
Ton âme est une foire déchaînée
Au cœur d’une immense basilique.

Tu m’apparais, maître en chapardages,
Pilier d’auberge, rebelle des lois très tôt,
Traîné dans les geôles en fleur de l’âge
Grinçant sous le fouet du grand prévôt.

Dépensier comme personne n’ose,
Immense vaurien bâti en or comptant,
Tu aimes ta vie, quand elle est malheureuse
Et meurs, mon cher pouilleux, en espérant.

Pendant qu’ils haussent sur le gibet ta poire
En fourches te montent, comme un mécréant,
Toi, le malin, volant un tas de gloire,
Sur l’escabeau des rimes tu montes le temps.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/06/villon-vasile-voiculescu

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Classé dans Vasile Voiculescu